La frustration des régimes : comprendre ce qui se passe vraiment
- virginie sauvage
- 21 déc. 2025
- 3 min de lecture

Quand on parle de régime, on pense souvent à une période où l’on cherche à maigrir en modifiant profondément son alimentation. Dans cet article, on laisse de côté les pathologies alimentaires cliniques pour parler des régimes « classiques » : ceux qui imposent une restriction, éliminent des aliments ou visent à réduire l’apport calorique pour perdre du poids.
Qu’est-ce qu’un « régime » ?
Dans la pratique populaire, un régime c’est souvent :
réduire volontairement ses calories,
exclure ou limiter certaines catégories d’aliments (glucides, graisses, etc.),
suivre des règles strictes pendant une période donnée.
Ce n’est pas un terme médical précis, mais plutôt une stratégie temporaire visant à changer le poids ou la silhouette, souvent influencée par des standards sociaux de beauté ou de forme.
Restriction cognitive et contrôle permanent
Un point central est la restriction cognitive : c’est l’effort mental constant pour surveiller et contrôler ce que l’on mange. Cela peut prendre la forme de :
compter chaque calorie,
peser chaque portion,
suivre rigoureusement des règles alimentaires.
Ce type de contrôle n’est pas simplement physique, il devient mental : on passe beaucoup de temps à penser à la nourriture, à anticiper les écarts, à faire des calculs. Et ce contrôle permanent est épuisant psychologiquement.
Des études en psychologie de l’alimentation montrent que plus on se concentre sur la restriction, plus les pensées concernant la nourriture, le poids et le corps deviennent intrusives. Cela peut aussi altérer certains processus cognitifs, notamment lorsque l’attention est focalisée sur la nourriture plutôt que sur d’autres tâches.

Les applications de comptage de calories : outil ou régime déguisé ?
Les applications qui permettent de compter les calories (MyFitnessPal, Yazio, LoseIt, etc.) sont souvent utilisées dans un objectif de perte de poids. Techniquement, ce ne sont pas des « régimes » à elles seules, mais des outils souvent utilisés dans le cadre de stratégies restrictives. Elles transforment l’alimentation en un jeu de chiffres, ce qui peut renforcer l’idée que chaque repas est une performance à optimiser.
Ces applications incluent généralement peu, voire très peu, de théorie comportementale qui aide à comprendre la faim, la satiété ou les émotions liées à l’alimentation.
Et justement, cela peut devenir obsessionnel : on en vient à surveiller ses chiffres plus que ses sensations. Certaines personnes tombent dans une logique de dépendance psychologique :
calculer les calories devient une source d’anxiété,
arrêter de compter est vécu comme une perte de contrôle,
alimentation et émotions sont étroitement liées, créant un cercle vicieux difficile à rompre.
Est-ce que ça “marche” ? Ce que disent les statistiques
À court terme, de nombreux régimes entraînent une perte de poids – c’est logique : réduire l’apport calorique peut entraîner un déficit énergétique.
Mais quand on regarde les données à moyen et long terme, le constat est sévère :
selon plusieurs sources scientifiques, 80 % des personnes qui perdent du poids en reprennent la majeure partie (voire plus) dans les années qui suivent. Anses+1
Une étude rapporte que seulement environ 5 % des personnes maintiennent une perte de poids significative au-delà de 5 ans après un régime traditionnel. Diététicienne Villeurbanne Lyon
Cette reprise est souvent plus importante qu’avant le régime, ce qui s’inscrit dans ce que l’on appelle l’effet yoyo.

Pourquoi cela ? Parce que le corps réagit biologiquement à la restriction. Quand on diminue l’apport énergétique :
le métabolisme de base baisse (le corps « tient l’énergie »),
les signaux de faim augmentent,
la thermogenèse (production de chaleur énergétique) diminue,
et finalement on dépense moins d’énergie au repos. Anses
Autrement dit, le corps tente de s’adapter à une période de « famine » – ce qui était utile à nos ancêtres, mais qui rend difficile de maintenir la perte de poids à long terme.
Pourquoi après un régime ça ne marche plus ou devient plus lent ?
Plusieurs mécanismes expliquent cela :
Adaptation métabolique : après une restriction, le corps « freine » pour conserver l’énergie. Cela ralentit la perte de poids et peut mener à une reprise lorsque la restriction cesse. Anses
Sensation de privation : la privation crée un désir accru de certains aliments, ce qui rend les comportements alimentaires plus impulsifs.
Cycles répétitifs : faire plusieurs régimes au fil du temps fragilise encore plus la régulation naturelle de la faim et de la satiété, ce qui rend chaque nouvel effort encore plus difficile.
Alors, que faire ?
Si l’objectif est la santé à long terme, plusieurs experts suggèrent de :
Se concentrer sur une relation apaisée avec la nourriture, plutôt que sur des chiffres.
Prioriser la qualité alimentaire et l’écoute des sensations de faim/rassasiement.
Intégrer une activité physique agréable plutôt que punitive.
Chercher un accompagnement professionnel (nutritionniste, diététicien) si nécessaire.
Perdre du poids de manière durable ne passe pas par une « solution miracle », mais par un changement de mode de vie équilibré, qui respecte à la fois le corps et l’esprit.





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